Le BCG est-il le vaccin qui sauvera l’humanité

Hanaa Khachaba Mercredi 08 Avril 2020-22:03:15 Chronique et Analyse
Le BCG est-il le vaccin qui sauvera l’humanité
Le BCG est-il le vaccin qui sauvera l’humanité

Tout le monde le souhaite, mais peu en sont persuadés. Le BCG, ce vaccin contre la tuberculose, défraie la chronique depuis quelque temps. Il rivalise avec la chloroquine du Dr français Didier Raoult voire avec la pandémie de Covid-19 elle-même dont les victimes ont atteints près de 55 000 personnes dans le monde depuis son apparition en décembre dernier.

Ce vaccin, pratiqué depuis des années et qui n’est plus obligatoire dans certains pays, serait-il une piste prometteuse pour les équipes médicales à travers le monde ? Certaines voix s’enthousiasment pour cette possibilité, alors que d’autres sont réticentes. Il y en a également ceux qui sont tout à fait contre…

La planète Terre est en guerre. Qui la remportera, notre système immunitaire renforcé par les mesures de confinement, ou notre ennemi invisible, le Covid-19 ?

Le vaccin BCG a offert à l’humanité cette lueur d’espoir. Aujourd’hui, il n’est plus obligatoire pour les enfants, mais il reste conseillé dans certains cas. Il est destiné à lutter contre la tuberculose, sévère maladie respiratoire due au Bacille de Koch. Depuis 2007, il n’est plus obligatoire majoritairement dans les pays les plus avancés. Auparavant, le vaccin était administré avec la fameuse bague, mais celle-ci a finalement été remplacée par une piqûre plus classique.

La vaccination par le BCG (Bacille Calmette et Guérin) est le seul moyen de se protéger contre la tuberculose. Elle a pour but principal de protéger les enfants et les nourrissons des formes graves de tuberculose (en particulier la méningite, une infection des enveloppes du cerveau).

Depuis plusieurs années déjà, le débat fait rage pour savoir s’il faut ou non le maintenir obligatoire. Plusieurs raisons poussaient en effet à l’abandonner. Citons, entre autres le fait que son efficacité contre le bacille de Koch n’est pas de 100%. Il a des effets secondaires non négligeables, même s’ils restent bénins. Les cas de tuberculose sont relativement rares aujourd’hui. Depuis 2007, en France, il a donc été décidé de suspendre la vaccination systématique des enfants avant leur rentrée en maternelle. Mais cela ne veut pas dire que le vaccin n’est plus indiqué. Il est recommandé pour certaines personnes, obligatoires pour d’autres. Selon les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé, il est recommandé dans les zones géographiques à forte incidence tuberculeuse : Le continent africain dans son ensemble (dont l’Egypte), le continent asiatique dans son ensemble, y compris les pays du Proche et Moyen-Orient, les pays d’Amérique Centrale et du Sud, la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, le Portugal et la Roumanie dans l’Union européenne.

Depuis que le Covid-19 ait commencé à se propager en Egypte, un constat intéressant a attiré l’attention des sphères médicales. Un médecin égyptien du nom d’Ahmed Charaf a lancé une vidéo sur son compte Facebook dans laquelle il explique pourquoi il est d’avis que le BCG donne l’espoir de mieux lutter contre le nouveau Coronavirus. La majeure partie des égyptiens sont vaccinés contre la tuberculose. C’est un vaccin obligatoire depuis 1974. En 2013, l’Organisation mondiale de la Santé a considéré le programme égyptien de lutte contre la tuberculose comme un modèle à suivre au Moyen-Orient. Il est à noter que l’Egypte a réussi, grâce à ce programme, à réduire le taux de contamination par cette maladie à 17 cas pour 100 000 habitants.

Dr Charaf constate qu’au début de l’apparition du coronavirus en Egypte, les malades étaient des ressortissants étrangers travaillant en Egypte. Un Canadien et une Ukrainienne d’origine américaine, tous deux côtoyaient des Egyptiens, leur entourage au travail. Selon Dr Charaf, aucun égyptien ayant eu des contacts avec ces deux cas contaminés au Covid-19 n’a été infecté.  Par contre, le jeune compagnon de la femme ukrainienne a contracté le virus. C’était surprenant. De plus, les chiffres que nous communique au quotidien le ministère égyptien de la Santé, estime Dr Charaf, étayent cette théorie selon laquelle, le vaccin anti-tuberculose a considérablement mis à l’abri les Egyptiens contre la férocité du Covid-19. « Le BCG contient une souche vivante et affaiblie de Mycobacterium bovis, un cousin de M. tuberculosis, le microbe qui cause la tuberculose. Ce vaccin administré aux enfants au cours de leur première année de vie dans la plupart des pays du monde est sûr et bon marché », note le médecin égyptien. Il poursuit : « Les vaccins déclenchent généralement des réponses immunitaires spécifiques à un agent pathogène cible, comme des anticorps qui se lient et neutralisent un type de virus spécifique. Mais le BCG peut également augmenter la capacité du système immunitaire à combattre des agents pathogènes autres que la bactérie de la tuberculose ». Et c’est cela exactement qui donne de l’espoir aux scientifiques.

Ce vaccin centenaire, autour duquel se concentrent à nouveau les scientifiques du monde entier, pourrait éventuellement atténuer les effets du virus ? Le BCG est notamment connu pour aider à accroître les capacités immunitaires de base de l’organisme.

Une équipe de chercheurs australiens de l’Institut Murdoch, à Melbourne, a annoncé avoir entrepris de tester à une large échelle ce vaccin, afin dé vérifier sa capacité à protéger les patients du coronavirus. Et cette initiative est loin d’être unique : des tests similaires sont actuellement conduits aux Pays-Bas, en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Uni et en France. Effectivement, des études épidémiologiques ont montré de façon intéressante une corrélation entre taux de vaccination au BCG et taux de mortalité face au Covid-19.

Si la majorité de ces études vont dans le même sens, elles ne permettent pas néanmoins de conclure à une relation de causalité car elles restent soumises à d’importants biais, en particulier sur la différence de niveau de vie et de politique de santé entre les pays à fort et à faible taux de vaccination.

Cependant, le BCG a démontré auparavant chez les enfants un effet protecteur non spécifique contre les infections, en particulier respiratoires. Les vaccins vivants comme le BCG, auraient en effet des effets bénéfiques non spécifiques sur certaines infections. Le BCG pourrait ainsi permettre de diminuer l’importance de l’infection au virus du SARS-CoV-2 en stimulant la mémoire de l’immunité innée, première immunité à entrer en jeu face à une infection, et en induisant ainsi une « immunité innée entraînée ».

Forts de ces observations, des chercheurs de plusieurs pays ont lancé des essais cliniques de grande ampleur chez les personnes à haut risque d’exposition (personnels soignants notamment). Les chercheurs se veulent avant tout prudents : la piste du vaccin BCG est très intéressante, mais elle nécessite des essais cliniques rigoureux. Bref, on attend du vaccin BCG contre la tuberculose qu’il renforce le système immunitaire de manière générale, lui permettant de mieux lutter contre le virus qui cause le Covid-19 et, peut-être, d’empêcher toute infection par ce virus. Or, aucune donnée ne permet à ce jour de recommander une vaccination au BCG pour se protéger du Covid-19.

Une assertion que répète, quant à elle, l’Organisation mondiale de la Santé. « Cette vaccination pratiquée depuis des années et qui n’est plus obligatoire dans certains pays n’aurait pas d’effet contre le Covid-19 », a déclaré l’agence onusienne.

Elle a expliqué que les personnes ayant été vaccinées au BCG pourraient contracter le Coronavirus si elles étaient en contact avec des personnes infectées, indiquant qu’aucune étude ne prouve à ce jour que le vaccin contre la tuberculose mette à l’abri contre le Covid-19.

L’OMS a publié sur son site au Caire des conseils aux Egyptiens les exhortant à respecter les mesures de prévention et les décisions prises par leur gouvernement en vue de freiner la propagation de la pandémie. Elle a également demandé aux responsables de placer en quarantaine ceux qui rentrent au pays. L’OMS a de même dit que les jeunes et les enfants, en cas d’atteinte du Covid-19, manifestent généralement des symptômes légers, mais cela n’empêche que ce Coronavirus puisse provoquer de graves maladies.

« Dans l’œil du cyclone que représente le Covid-19, les outils de la science et de la santé publique sont essentiels, mais l’humilité et la compassion le sont tout autant. En faisant preuve de solidarité, d’humilité et en puisant dans ce qu’il y a de meilleur en chacun dee nous, nous pouvons vaincre ce fléau ensemble, et c’est ce que nous allons faire », a dit le directeur général de l’OMS, pour rappeler aux hommes comme nous sommes vulnérables, combien nous sommes liés les uns aux autres et dépendants les uns des autres.

 

Sources

OMS

Doctissimo

Inserm

Technologia Media

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